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L'Arabie saoudite et le jeu vidéo

Raconté à partir de 18 épisodes, de 2015 à 2025, avec 5 voix.

Ceux qui en parlent

Dans l'ordre où l'article les cite.

L'Arabie saoudite et le jeu vidéo · 10 parties
  1. L'Arabie saoudite et le jeu vidéo
  2. Premiers signes (2017-2018)
  3. 2022 : le fonds souverain
  4. 2023-2024 : le contrecoup Embracer
  5. 2024 : esport olympique et Coupe du monde à Riyad
  6. SNK et culture populaire (2024-2025)
  7. 2025 : le rachat d’EA
  8. Positions de Patrick Beja
  9. Positions des chroniqueurs
  10. Évolution du regard

L'Arabie saoudite et le jeu vidéo

Les émissions de Patrick Beja ont suivi la montée en puissance de l’Arabie saoudite dans le jeu vidéo et l’esport : investissements dispersés, événements mondiaux, puis rachat d’un géant éditeur.

Premiers signes (2017-2018)

En janvier 2017, Benoit Reinier explique que Street Fighter et Tekken ont créé des personnages arabes pour le Moyen-Orient, dont Rashid de Tekken 7, présenté comme saoudien.

En mars 2018, Magic Leap avait levé 461 millions de dollars auprès de l’Arabie saoudite, complétant les 500 millions d’octobre 2017 en série D, pour un total de 1 milliard.

2022 : le fonds souverain

Le 27 janvier 2022, Savvy Gaming Group rachète ESL et FACEIT pour 1,5 milliard d’euros.

Le 7 avril 2022, SNK est détenue à 96 % par le fonds du prince Mohammed ben Salmane.

Le 19 mai 2022, le fonds public saoudien acquiert 5 % de Nintendo pour environ 3 milliards de dollars. Il a aussi racheté SNK et détient 5 % de Capcom.

Elon Musk, le 10 mai 2022, cherche des investisseurs qataris et saoudiens pour Twitter, ce qui pose des questions de liberté de parole. En octobre 2022, on rappelle sa tentative de privatiser Tesla avec un fonds saoudien, échouée, qui lui a valu des ennuis avec la SEC.

Le siège d'Electronic Arts à Redwood City, en Californie : l'éditeur dont le rachat par un consortium mené par le fonds souverain saoudien PIF a été annoncé en 2025.
Le siège d'Electronic Arts à Redwood City, en Californie : l'éditeur dont le rachat par un consortium mené par le fonds souverain saoudien PIF a été annoncé en 2025. Wikimedia Commons, « Electronic Arts Redwood City May 2011 », King of Hearts, CC BY-SA 3.0 · crédits

2023-2024 : le contrecoup Embracer

En novembre 2023, JK Lauret explique que les licenciements viennent du refroidissement après les investissements Covid et de l’échec du deal entre Embracer Group et Savvy Group, qui a coûté des milliards à Embracer.

En avril 2024, l’annulation d’un investissement prévu de 2 milliards par Savvy fragilise fortement Embracer, déjà en vagues de licenciements.

2024 : esport olympique et Coupe du monde à Riyad

Le 25 juillet 2024, le CIO annonce les premiers Jeux Olympiques d’esport, première édition en 2025 en Arabie saoudite, avec un partenariat de 12 ans.

Cassim Montilla y voit une légitimation de l’esport professionnel, mais note l’ironie de l’accent sur l’inclusivité au regard des droits des femmes et des LGBT. Il mentionne les nouvelles lois permettant aux femmes d’avoir leurs papiers et de voyager sans autorisation.

Patrick Beja évoque le sportswashing : beaucoup en parlent pour le jeu vidéo comme pour le sport. Il joue l’avocat du diable : espérer que ces initiatives poussent le pays vers plus d’ouverture, sans illusion de transformation immédiate. Il est aussi question des JO d’esport 2025 et d’EVO.

Le même épisode revient sur SNK, racheté puis renaissant comme acteur majeur du jeu de combat, sur SVC Chaos ressorti sur Switch, PS4 et Steam, et sur Goldorak, dont Actarus a été localisé en Arabie saoudite.

SNK et culture populaire (2024-2025)

Le 3 octobre 2024, le fonds souverain détient 99 % de SNK. Ronaldo devient personnage jouable dans un jeu SNK, et Patrick Beja imagine qu’une collaboration Capcom-SNK puisse mener à Capcom vs SNK 3.

Le 6 février 2025, l’Arabie saoudite, via Savvy, paie Ubisoft pour un DLC d’Assassin’s Creed Mirage probablement situé en Arabie saoudite.

Le 27 mars 2025, Al-Nassr, club de Ronaldo, est détenu à 75 % par le fonds souverain dirigé par MBS. Ce prince possède SNK et veut en faire l’un des 10 plus gros éditeurs mondiaux d’ici 2034.

Le 10 avril 2025, on rappelle le rachat de SNK et l’ajout du DJ Salvatore Ganacci, proche de la couronne, dans Fatal Fury: City of the Wolves.

Le 16 octobre 2025, l’Arabie saoudite est présentée comme ayant investi 1 milliard de dollars dans SNK pour produire des films sur ses jeux de combat, et comme actionnaire d’EVO.

Riyad, la capitale saoudienne, avec la tour du Kingdom Centre et le quartier financier du roi Abdallah, en 2016.
Riyad, la capitale saoudienne, avec la tour du Kingdom Centre et le quartier financier du roi Abdallah, en 2016. Wikimedia Commons, « Riyadh Skyline showing the King Abdullah Financial District (KAFD) and the famous Kingdom Tower », B.alotaby, CC BY-SA 4.0 · crédits

2025 : le rachat d’EA

Le 2 octobre 2025, RDV Jeux est consacré au rachat d’Electronic Arts. EA annonce un rachat pour 55 milliards de dollars par un consortium incluant le fonds souverain saoudien majoritaire, Silver Lake et Jared Kushner. EA devient privée via un LBO financé par 20 milliards de dette.

Précisions :

  • Andrew Wilson reste à la tête d’EA et ne rend de comptes qu’au consortium.
  • Complétion attendue au plus tard début 2027.
  • EA promet aucun changement de structure « dans l’immédiat ».
  • Kévin Bitterlin rappelle que MBS détenait déjà des parts dans EA et Take-Two.
  • Patrick Beja précise que l’Arabie saoudite possède 10 % et « en a partout » : SNK, Nintendo, Capcom.
  • Le but saoudien est de se décrocher du pétrole via un plan économique, d’où les investissements dans le jeu vidéo.
  • Kévin Bitterlin souligne que la Coupe du monde d’esport est à Riyad : le jeu vidéo et l’esport sont une arme de soft power, comme le foot pour le Qatar.
  • Patrick Beja estime que ce n’est pas une consolidation du marché : EA reste indépendant et n’est pas absorbé par Sony, Microsoft ou Nintendo.

Positions de Patrick Beja

Il combine inquiétude et analyse économique.

L’inquiétude porte sur le musellement de la presse, la liberté d’expression et les droits des femmes. Il critique la communication justifiant l’arrivée saoudienne, notamment l’idée que l’IA donnera plus de temps libre pour jouer. Il s’inquiète de l’influence saoudienne et, dans une moindre mesure, de l’extrême droite américaine avec Kushner et le clan Trump. Il craint aussi les licenciements, reventes de licences et monétisation agressive.

Sur les contenus, il juge probable une influence : les romances homosexuelles risquent de déplaire au prince. Pour Les Sims, ils ne toucheront pas aux relations homosexuelles car c’est une vache à lait, mais un minimum d’influence paraît inimaginable. Sur EA Sports FC, il plaisante sur les équipes féminines.

Économiquement, le rachat d’EA n’est pas une consolidation, EA restant indépendant.

Dès juillet 2024, il défendait l’avocat du diable : ces investissements pourraient-ils, à long terme, pousser le pays vers plus d’ouverture et d’inclusivité, sans illusion immédiate ?

Positions des chroniqueurs

JK Lauret insiste sur l’argent : l’Arabie saoudite investit, détient SNK et des parts, mais le schéma diffère d’un rachat par un géant technologique. Pour lui, « c’est la thune qui dirige tout » : si Les Sims s’écroulent, ils reviendront en arrière. Il débat avec Patrick Beja de l’influence saoudienne et de l’extrême droite américaine sur l’éditorial d’EA.

Kévin Bitterlin craint plus Kushner que l’Arabie saoudite. Il ne voit pas l’intérêt saoudien à imposer ses dogmes à l’international, car l’argent dicte leur mode de vie. Il admet des tabous, mais pas forcément d’ingérence. Il compare à la Chine : l’Arabie saoudite pourrait se moquer des contenus internationaux tant qu’elle maintient l’ordre chez elle. Sur SNK, Ronaldo modélisé dans Fatal Fury est désespérant mais pas très méchant ; le symbole, lui, est horrible.

Cassim Montilla apporte l’angle institutionnel et juridique : les JO d’esport du CIO légitiment l’esport professionnel, mais l’accent sur l’inclusivité contraste avec les lois saoudiennes sur les femmes et les LGBT. Il note les nouvelles lois sur les papiers d’identité et les voyages des femmes, et que c’est bien l’Arabie saoudite qui obtient l’organisation.

Évolution du regard

2022 : investissements dispersés. ESL et FACEIT pour 1,5 milliard, SNK à 96 %, 5 % de Nintendo pour 3 milliards, 5 % de Capcom. Un fonds qui prend des positions partout, sans récit d’ensemble.

2023-2024 : contrecoup et esport. L’échec Embracer-Savvy, avec 2 milliards annulés, montre les dégâts. Avec la Coupe du monde d’esport à Riyad, le partenariat de 12 ans du CIO et les JO d’esport 2025, la question glisse du rachat au sportswashing et à la légitimation par l’événementiel. Patrick Beja ajoute l’ouverture culturelle possible à long terme ; Cassim Montilla rappelle les droits des femmes et des LGBT.

2025 : rachat d’un éditeur majeur. EA pour 55 milliards par un consortium mené par la couronne saoudienne, Silver Lake et Kushner. L’enjeu change d’échelle : contrôle d’un géant éditorial. Les questions portent sur l’éditorial — romances homosexuelles, équipes féminines, tabous — mais les chroniqueurs divergent : Patrick Beja juge un minimum d’influence inimaginable, Kévin Bitterlin parie sur l’argent et craint Kushner, JK Lauret rappelle que c’est la thune qui dirige tout. SNK passe de 96 % à 99 %, accueille Ronaldo et Salvatore Ganacci, et reçoit 1 milliard pour des films tirés de ses jeux de combat.

D’un bout à l’autre, même grille : un pays qui investit massivement pour se décrocher du pétrole et améliorer son image ; des observateurs partagés entre dénonciation du sportswashing et pari prudent d’une ouverture culturelle à long terme.

Les épisodes racontés

Un repère par épisode cité. Touchez un repère pour le nommer, encore pour l'ouvrir.

2015
2016
2017
2018
2019
2020
2021
2022
2023
2024
2025

18 épisodes, de 2015 à 2025.

Quand, où

Les épisodes racontés, par année et par émission.

Voir aussi