Nintendo · 6 parties
Les années Wii : une conférence qui fâche (2009-2011)
L'E3 2009 est mal reçu par l'équipe. Le RDV Tech du 9 juin 2009 juge la conférence Nintendo « soporifique », « nulle », auto-congratulatoire sur les ventes de Wii, sans annonce majeure ni baisse de prix : la Wii reste à 250 euros. La présentation inclut un nouveau Mario Galaxy 3D, un nouveau Zelda et le Wii Motion Plus, accessoire promettant plus de précision mais livré avec deux à trois ans de retard. Yann Alez y voit un essoufflement de la Wii et la possibilité d'une nouvelle console Nintendo trois à quatre ans avant Sony et Microsoft, qui planifient des cycles de dix ans ; Patrick Beja reconnaît que Nintendo vend le plus de consoles.
Le RDV Tech du 10 novembre 2009 aborde le ralentissement des ventes de la Wii : Patrick Beja critique l'hypocrisie des médias face à des ventes historiquement élevées. En 2016, il rappellera que la Wii a été la console la mieux vendue de l'histoire, mais traitée comme un phénomène social plus que comme une machine de joueurs.

La Wii U : annoncée, mal comprise, puis échec commercial (2011-2016)
Le RDV Tech du 27 avril 2011 annonce la « Wii 2 » pour l'E3 2011 et une sortie en 2012 : machine de la taille d'une Xbox, manettes traditionnelles avec écran. Patrick Beja doute du succès, juge la manette trop complexe et les jeux trop simples ; Yann Alet pense que Nintendo va échouer. JK Lauret, présent à la conférence de lancement, note que la démo clarifiait le concept pour la salle, contrairement aux spectateurs à distance. En 2014, Patrick Beja reçoit une Wii U en cadeau de ses collègues.
Le RDV Jeux du 13 avril 2015 détaille la Virtual Console : jeux N64 à 10 euros, versions Wii de Mario Galaxy et Metroid Prime Trilogy à 2 euros, titres N64 et DS à environ 10 euros ; le catalogue Wii U est bien plus maigre que celui de la Wii. Patrick Beja adore StreetPass, trouvaille sous-exploitée ; Oscar Lemaire apprécie l'Off-TV et le recentrage sur un seul support par génération.
Le bilan est sévère : 10 millions d'unités en novembre 2015, puis 13,6 millions en sell-in au 21 novembre 2016, un échec face aux 100 millions de la Wii et aux 21,7 millions de la GameCube. Patrick Beja y voit la plus grosse catastrophe commerciale de Nintendo, tout en affirmant qu'elle contient ses meilleurs jeux, citant Super Mario 3D World, et en souhaitant des portages comme Splatoon sur Switch. Dès 2015, Nintendo cesse le développement Wii U pour se concentrer sur NX. Cédric Bonnet explique l'échec par l'usure de la Wiimote et le manque de soutien des tiers ; Oscar Lemaire insiste sur le désert de jeux Nintendo au lancement avant Super Mario 3D World.
L'annonce de la Switch (2016-2017)
Le RDV Jeux du 24 octobre 2016 couvre la révélation de la Switch, code-nom NX : console hybride portable/salon avec dock, deux Joy-Con détachables. Patrick Beja y voit la volonté de combiner la force du portable — 60 millions de 3DS — avec le salon, pour éviter l'échec de la Wii U et concurrencer les smartphones. Il estime qu'il s'agit surtout d'une portable ciblant les joueurs de 3DS, souvent des enfants, et s'inquiète de la puissance du Tegra, qui limitera les graphismes face à la PS4 et la Xbox One. Il salue une publicité moderne visant les adultes.
Le positionnement fait débat : Oscar Lemaire y voit une console pour adultes sans console de salon, abandonnant le public casual de la Wii ; lui et Patrick Beja s'accordent sur une « deuxième console » plutôt qu'un remplacement principal. Ils saluent le soutien des tiers, contrairement à la Wii U, mais Patrick craint que l'asymétrie de puissance les décourage. Jean Noël n'a pas envie d'acheter la console, même à 199 euros ; Aunshi Oshovah se dit sûr à 80 % de l'acheter, la jugeant meilleure qu'un iPad pour les enfants.
La conférence de janvier 2017 est une série de déceptions pour Patrick Beja : prix de 329 € en Europe, sans jeu inclus, autonomie d'environ 2h30, lineup de lancement jugé le pire de l'histoire. Il juge le catalogue trompeur, critique des graphismes proches de la Wii ou de la PS2 et craint un online payant peu généreux. Il note des points positifs : écran tactile 720p, 32 Go, Micro SD, console non region-locked, jusqu'à huit comptes, Joy-Con avec motion gaming, HD Rumble et capteur de distance. Le RDV Tech du 23 janvier 2017 parle de « soft launch », avec un catalogue plus étoffé attendu dans neuf mois, et espère un succès meilleur que celui de la Wii U, tout en notant que la Switch a été mieux expliquée que la Wii U.
Les chroniqueurs se divisent. Daniel Andreyev n'achète pas au lancement, une première, et préfère Zelda sur Wii U ; il voit une console de salon transportable plutôt qu'une vraie portable. Benoit Reinier garde aussi sa Wii U, critique la mémoire interne et le prix des cartes SD, et note un écran multitouch. Oscar Lemaire conditionne son achat à des jeux de lancement et voit un support idéal pour les indés. JK Lauret critique durement 1-2 Switch. Julie Jeanniot possède une Switch mais n'a pas suivi l'E3.

Le décollage commercial de la Switch (2017-2024)
Les ventes dépassent vite les objectifs : 2,74 millions en mars 2017, au-dessus des 2 millions prévus, avec un objectif annuel autour de 10 millions puis plus de 12 millions estimés. En mai 2017, Oscar Lemaire et Patrick Beja jugent encore trop tôt pour dire si la Switch atteindra la Wii ou la N64. Nintendo double sa production de 8 à 16 millions, revoit ses prévisions à 14 millions en octobre 2017 et atteint 10 millions en décembre 2017. Sur l'année, environ 18 millions de Switch vendues et des profits en hausse de 500 %.
Patrick Beja, d'abord sceptique puis déçu, est conquis à l'automne 2017 par Zelda et Mario, qu'il juge incroyables ; dès mars 2017, il reconnaît une machine bien conçue, solide et au prix correct. Ulrich Rozier qualifie la Switch de produit « sexy » ; JK Lauret constate que Nintendo a inversé son image médiatique. Les chiffres confirment : 55,7 millions en mai 2020, 68,3 millions et 456,4 millions de jeux en novembre 2020, Mario Kart 8 Deluxe à 33 millions puis Animal Crossing à 31 millions en février 2021. Les ventes doublent pendant le confinement aux États-Unis. La Switch dépasse la 3DS avec 80 millions en février 2021, puis 103 millions en février 2022, dépassant la Wii. En 2023, elle compte 129 millions, deuxième console Nintendo derrière la DS (150 millions) ; Patrick Beja souligne qu'à 154 millions elle dépasserait la DS, derrière la PS2. En mai 2024, Nintendo annonce 141 millions et vise 154 millions d'ici mars 2025.
En 2023, Patrick Beja considère la Switch comme la meilleure console de Nintendo et son plus grand succès, car elle concentre mobile et salon et permet une meilleure expression créative. Il note aussi un taux d'attachement supérieur aux consoles précédentes, porté par de vrais joueurs, contrairement à la Wii U ou à la Wii.

La Switch 2 (2024-2026)
La succession se prépare dès 2023, avec un report de 2024 à début 2025 selon Eurogamer et Video Games Chronicle. Cassim Montilla note que le succès de la Switch a été aidé par l'échec de la Wii U et qu'une nouvelle Switch au même concept manque d'effet « wow ». En mars 2025, Patrick Beja prédit un lancement fin mai/début juin, juge 429 € réaliste et 399 € garant d'un succès ; Cassim Montilla table sur 429-449 €. La présentation officielle est fixée au 2 avril 2025.
Le prix fait l'événement : Switch 2 à 470 €, jeux à 70-80 €, alignant Nintendo sur les consoles premium. Patrick Beja juge le montant élevé, avec un problème pour les familles possédant plusieurs Switch. Des discussions évoquent environ 430 €, environ 500 € proche de la PS5, un pack JK Lauret à 500 € et un pack Mario Kart Fnac à 499 €. Doug Bowser reconnaît que la Switch 2 est chère, mais que la Switch 1 reste maintenue pour les budgets sensibles. Patrick critique aussi le prêt de jeux numériques, jugé fastidieux, et propose un échange Wii U contre Switch ; Jean Noël juge l'idée non rentable. Oscar Lemaire et Patrick Beja voient dans les deux Nintendo Direct espacés de cinq jours une volonté d'éviter les erreurs de communication de la Wii U.
La console sort le 5 juin 2025, en rupture de stock mondiale sauf en France. Les records tombent : 3,5 millions en quatre jours, 169 000 unités en France au lancement — 60 % de plus que la PS5 — et 1,6 million aux États-Unis. Patrick Beja attribue ce succès à la structure de prix du pack avec Mario Kart plutôt qu'à Mario Kart World comme system seller. Marion Doumeingts joue à Mario Kart et Zelda Tears of the Kingdom ; Antistar s'inquiète de ventes de jeux faibles à cause des prix et du piratage ; Maïté « Eskarina » parie que le public achètera des jeux à 90 €. Patrick Beja, critique du prix et du manque de jeux, achète finalement la Switch 2 le jour de sa sortie pour ses enfants.
Les chiffres continuent : environ 8 millions sur six mois, une autre discussion évoquant plus de 10 millions, puis un objectif initial de 15 millions sur dix mois. Nintendo vise ensuite 100 millions, relève sa cible à 19 millions sur l'année fiscale et la maintient malgré des ventes de Noël 2025 décevantes aux États-Unis, sauf au Japon. En février 2026, la Switch 2 a vendu 17 millions d'unités. En France, Patrick Beja observe une baisse de 50 à 60 € en grande distribution, qu'il qualifie de mystère. Nintendo augmentera modérément le prix à partir de septembre 2026. Patrick Beja estime finalement que les critiques initiales sur le prix et le manque d'exclusivités étaient infondées.
Sur le rétro et les remakes, Patrick Beja attend des informations sur la boutique virtuelle et les jeux DS, 3DS et Wii U, et se dit frustré par les remakes de Super Mario Galaxy 1 et 2 à 40 €. Hades 2 sort le 25 septembre 2025 en exclusivité temporaire sur Switch 2 ; Metroid Prime 4 Beyond est annoncé pour 2025 en simultané sur Switch 1 et Switch 2.
Un regard qui évolue : des gimmicks aux jeux
Un fil traverse ces années : la défense par Patrick Beja de la qualité des jeux Nintendo plutôt que de ses innovations matérielles. En 2015, il affirme que le succès des consoles Nintendo repose sur leurs jeux, pas sur l'innovation hardware, et qualifie les contrôles gestuels Wii et Wii U de non-réussites pour les vrais joueurs. En janvier 2025, il va plus loin : les gimmicks et innovations Nintendo — Wii, 3DS, Joy-Con, Virtual Boy, Wii U, DS — sont surévalués et peu utiles, la vraie force résidant dans les jeux. Il a toujours vu la moindre puissance de calcul comme un inconvénient, malgré l'importance du design artistique.
Le rapport aux machines reste affectif : Patrick Beja aime la Wii U malgré son échec, recommande Mario World comme une réussite totale et attendait un Mario de type Galaxy, jugeant les New Super Mario moins ambitieux que Mario 64 ou Galaxy. Il conteste l'idée d'une gestion anormale de Nintendo et rend hommage à Satoru Iwata lors de l'émission du 13 juillet 2015.
Les inquiétudes récurrentes concernent le soutien des éditeurs tiers, qu'il craint de voir fuir comme sur la Wii U, et la leçon des lancements ratés. Il souligne que le lancement réussi de la Switch a été crucial pour sa longévité, contrairement à la Wii U, et que le succès de la Switch 2 relève du concept plus que du marketing. Il attribue le succès de la Switch à sa nature hybride et à la tradition de Nintendo sur le portable. Enfin, il compare le scepticisme initial autour de la Switch à celui entourant la manette Wii U, parallèle qui a mal tourné pour ses doutes puisqu'il a été conquis par la Switch à l'automne 2017.
