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Le podcast

Raconté à partir de 17 épisodes, de 2014 à 2026, avec 9 voix.

Ceux qui en parlent

Le podcast · 7 parties
  1. Un des premiers podcasteurs français (2006-2009)
  2. Le passage au professionnalisme (2014)
  3. Un métier d'artisan indépendant
  4. Le financement par les auditeurs : Patreon avant tout
  5. La publicité, Acast et les plateformes
  6. Le podcast face à la vidéo : un regard qui évolue
  7. Ce qu'en disent les chroniqueurs

Un des premiers podcasteurs français (2006-2009)

Patrick Beja découvre les podcasts en 2006 grâce à un iPod, qu'il décrit comme une révélation. Il lance Azeroth.fr en septembre 2006 (le 7 selon certaines évocations), consacré à World of Warcraft. Il se présente comme l'un des premiers podcasteurs en France, ayant construit son audience à partir de zéro, sans contacts ni présence préalable.

Azeroth.fr dure environ trois ans et marque de nombreux auditeurs comme leur premier podcast. Le premier épisode connaît un succès inattendu, avec des milliers de téléchargements alors que Patrick Beja espérait quelques centaines. Nat rejoint l'équipe peu après le début.

À l'époque, faire du podcast n'est pas un métier : Patrick Beja le pratique comme passion et deuxième emploi à mi-temps, en plus de son travail principal. Le RDV Tech est lancé au début de 2009, environ deux ans et demi après Azeroth.fr ; The Phileas Club existe depuis 2009, avec une petite interruption. En 2009, Jérôme Keinborg le contacte pour des conseils techniques sur la création d'un podcast (flux RSS, micros).

Un studio de podcast installé dans un club d'écrivains de Providence, aux États-Unis, en 2019 : micros, casques et table d'enregistrement.
Un studio de podcast installé dans un club d'écrivains de Providence, aux États-Unis, en 2019 : micros, casques et table d'enregistrement. Wikimedia Commons, « Podcasting-wcwc », JKizzieHumanities, CC BY-SA 4.0 · crédits

Le passage au professionnalisme (2014)

Patrick Beja quitte son emploi salarié chez Blizzard pour se consacrer entièrement au podcast et à la création de médias indépendants. Il motive cette décision par la frustration de ne pas pouvoir parler librement de l'industrie du jeu vidéo et par son rêve de vivre d'une activité pratiquée depuis huit ans sans rémunération. Il annonce son départ en août, sans rupture conventionnelle.

Le Patreon de l'émission est lancé le 10 février 2014, date qu'il présente comme le début de son aventure en indépendant. Il atteint 200 dollars le soir même, puis 500 dollars le vendredi suivant. À l'époque, le RDV Tech est bimensuel (deux à trois épisodes par mois) : ce financement est un complément substantiel, mais insuffisant pour une professionnalisation totale.

Une nouvelle étape du Patreon est lancée le 4 septembre 2014, après sa démission. Patrick Beja vit de son activité de podcast depuis octobre 2014. Il décrit ce moment comme l'un des meilleurs de sa vie, les auditeurs ayant répondu présent au niveau nécessaire pour lui permettre de vivre de son coup de foudre professionnel.

En 2015, il est auto-entrepreneur et étudie le passage à une véritable entreprise ; l'année suivante, il espère que son activité sera viable au-delà de 2016. En 2024, il crée une SAS pour professionnaliser son activité, après avoir envisagé une SARL, mais préféré la SAS pour éviter les contraintes de gestion de la caisse des indépendants.

Un métier d'artisan indépendant

Patrick Beja se définit comme « Artisan Podcasteur ». Il considère le podcast comme l'amour professionnel de sa vie et son métier idéal, sa vie de rêve, caractérisée par l'absence de réunions et de demandes d'autorisation. Il aborde sa monétisation avec une intention entrepreneuriale, se voit comme un artisan-entrepreneur et affirme qu'il ne faut pas avoir honte de financer son travail.

Il se présente comme l'un des seuls podcasteurs indépendants, artisans, autonomes et professionnels en France, et regrette le manque d'esprit entrepreneurial qui a empêché une plus grande diversification du milieu. En 2022, il vit uniquement de ce métier, ce qu'il qualifie de rare en France. En 2025, il note avoir survécu dix ans comme podcasteur professionnel ; le podcasting est le métier le plus long de sa carrière. Il ne pense pas prendre sa retraite et compte continuer tant qu'il le pourra, même sans audience.

Patrick Beja a fait évoluer les sujets du RDV Tech, passant des iPhone et applications à des sujets tech plus sérieux et complexes (crunch, culture toxique, égalité homme-femme), afin d'élargir son public et de vivre de son métier sans se compromettre. Il considère la production de l'émission comme un travail sérieux qui exige expérience et persévérance, et estime qu'après quinze ans il apprend encore à animer un podcast.

Il a produit son podcast sans interruption pendant dix ans, en adaptant sa production (ajout de publicité, de vidéo) et en abandonnant certaines émissions pour gérer la charge de travail liée à ses enfants.

Un studio de podcast amateur aménagé à la maison en 2006, aux débuts du podcast : micro, table de mixage, enregistreur et ordinateurs.
Un studio de podcast amateur aménagé à la maison en 2006, aux débuts du podcast : micro, table de mixage, enregistreur et ordinateurs. Wikimedia Commons, « The Podcave home studio update (179160280) », Tim Wilson, CC BY 2.0 · crédits

Le financement par les auditeurs : Patreon avant tout

Le modèle économique du RDV Tech repose d'abord sur ses auditeurs. En 2017-2018, le podcast est financé via Patreon (patreon.com/rdvtech) et Tipeee, sans publicité, avec un paiement conditionné à la publication des épisodes ; il est alors entièrement financé par ses auditeurs et non par des sponsors. Patrick Beja promeut ce modèle comme sain, sans publicité ni engagement pour les utilisateurs.

En 2020, il propose un soutien flexible (montant et nombre d'épisodes par mois), avec des bonus : absence de publicité, time codes, newsletter étendue. Il décrit l'objectif comme instiller une « petite pointe de culpabilité » chez les auditeurs non-abonnés (1 euro par épisode), puis leur apporter de la fierté ; un auditeur, Gilles, témoigne que la culpabilité d'écouter sans soutenir a été remplacée par de la fierté après son abonnement. Le modèle est présenté sans NFT ni droits de vote, à partir de 1 €, tout en maintenant l'accès gratuit à l'émission.

En 2022, un nouveau Patreon doté de paliers plus élevés atteint son dernier palier en deux ou trois semaines, ce qui lui permet de vivre de son métier sans autres revenus. En 2023, il indique que l'émission n'a pas d'autre source de revenus que Patreon et quelques publicités, que la publicité fonctionne moyennement, et qu'il faut souvent un à trois ans d'écoute régulière avant qu'un auditeur soutienne financièrement le podcast. Moins de 5 % des auditeurs soutiennent l'émission, et le pourcentage réel est probablement faible, les répondants aux enquêtes étant surtout des membres engagés.

Patrick Beja pense que la majorité de son financement provient de l'affection des auditeurs et de leur envie de l'aider, plus que de la valeur ajoutée de l'information. Il envisage de rendre son podcast payant à l'avenir, mais continue l'émission gratuite car il y perçoit une vraie valeur, et se dit frustré par les critiques sur les épisodes spéciaux réservés aux Patriotes et soutiens financiers.

En février 2025, il migre les abonnements du RDV Tech et du RDV Jeux vers un nouveau système de paiement (Patreon.com/RDVTech) pour simplifier la gestion administrative et financière : Patreon désactive la facturation à la création et le force à basculer vers la facturation mensuelle. En 2026, il encourage encore les auditeurs à s'abonner sur Patreon pour une expérience sans publicité et un accès à du contenu exclusif.

La publicité, Acast et les plateformes

Dès 2012, Patrick Beja teste divers modèles de monétisation (donations, paiements par SMS), sans générer que quelques dizaines d'euros par mois, insuffisants pour vivre. Il indique que la monétisation des podcasts n'était pas réaliste pendant longtemps, faute de publicité ou de financement participatif viable. La même année, il défend la monétisation par la publicité, qu'il considère moins invasive que celle de Facebook ou Google.

L'arrivée d'Acast est une étape importante : elle offre pour la première fois une solution clé en main pour la monétisation publicitaire des podcasts, comparable pour lui à l'impact de Patreon pour le financement participatif. Jusque-là, il fallait démarcher les annonceurs et leur expliquer ce qu'était le podcast. Patrick Beja utilise Acast pour gérer la publicité, en distinguant les publicités automatiques (CPM bas, sans approbation) et les publicités sponsorisées (soumises à son approbation). Il précise que ses revenus personnels sont minimes, mais essentiels pour l'industrie du podcast.

En 2019, il fait passer l'émission à un modèle hybride : les non-soutiens Patreon entendent des publicités. La même année, il utilise quasi exclusivement Patreon pour ses revenus et considère cela comme un risque financier majeur, souhaitant diversifier ses sources. Il estime alors que l'écosystème français du podcast n'était pas prêt pour la publicité, faute d'organisation industrielle et de sociétés spécialisées respectueuses des créateurs.

En 2021, il confirme que l'essentiel de ses revenus provient de Patreon et rappelle que Spotify ne rémunère pas les podcasteurs pour les publicités insérées dans leurs flux, contrairement aux artistes — raison pour laquelle Spotify pousse tant les podcasts. Stéphane Le Boisselier considère que le podcast reste un marché de niche en France, même dans son entourage tech.

En 2022, Patrick Beja envisage trois piliers de revenus : le Patreon (principal), la publicité, et potentiellement l'influence dans le secteur de la beauté et des cosmétiques. En 2024, il indique utiliser uniquement Patreon et envisager d'ajouter l'abonnement via Apple Podcasts, beaucoup d'auditeurs étant encore sur cette plateforme.

L'enregistrement en public d'un podcast estonien au festival d'opinion de Paide, en 2022.
L'enregistrement en public d'un podcast estonien au festival d'opinion de Paide, en 2022. Wikimedia Commons, « Recording of the podcast Globaalsed Eestlased at the Opinion Festival 2022 in Paide, Estonia », Sillerkiil, CC BY-SA 4.0 · crédits

Le podcast face à la vidéo : un regard qui évolue

En 2009, le podcast vidéo Geek Inc atteint la 5e place du classement général et la 2e place des podcasts vidéo, avec des records d'audience après sa mise en avant sur l'iTunes Store. Cédric Ingrand s'intéresse alors aux outils de diffusion et estime qu'un Hangout public permettant de regarder la vidéo sans participer serait un outil de podcasting formidable.

En 2013, Patrick Beja juge peu probable qu'il paie pour du contenu sur YouTube dans son format actuel, mais pense qu'un modèle payant pourrait favoriser des productions plus sérieuses. Il rejette l'idée que payer un service implique l'absence totale de publicité, citant les magazines payants. En 2014, il défend l'idée que les podcasts audio occupent une place spécifique et distincte des autres médias (radio, télé, presse, web, YouTube), qui ne devrait pas disparaître et pourrait croître.

En 2015, Jérôme Keinborg estime que Facebook n'est pas adapté au contenu vidéo long (plus de 20 minutes), qui a sa place sur YouTube. L'année suivante, Mathieu Dos Santos observe que YouTube évolue vers un format médiatique proche de la télévision, avec des ambitions de qualité, ce qui contraste avec son origine d'« anti-télévision » ; Jérôme Keinborg ajoute que le crowdfunding sur YouTube est faisable mais plus complexe que sur les podcasts.

Patrick Beja utilise PodMyTube, développé par son ami Frédéric, pour convertir automatiquement ses podcasts en vidéos sur sa chaîne YouTube (youtube.com/patrickbeja), afin d'offrir une alternative vidéo tout en gardant le podcast comme format principal. En 2018, il décrit YouTube comme une plateforme ouverte permettant à quiconque de diffuser facilement, contrairement à la télévision ou la radio. En 2019, il décrit la communauté du podcast comme plus âgée, faisant l'effort de chercher le contenu, ce qui crée un environnement plus confidentiel et positif.

En 2020, Spotify s'intéresse à la vidéo et débauche des employés de YouTube, encore à l'état de test. Patrick Beja note que les outils comme Spotify facilitent la création, mais que la qualité reste aléatoire, comparable à l'esprit YouTube. Il prédit que les podcasts de taille moyenne ne seront pas exclusifs aux grandes plateformes et que la liberté du format empêchera l'émergence d'une plateforme unique type YouTube. En 2021, il possède une petite chaîne YouTube et partage la frustration des créateurs face à l'opacité de l'algorithme.

En 2022, Spotify achète les sociétés d'analytics Chartable et Podsights pour développer une analyse comparable à celle de YouTube. Patrick Beja conseille alors aux podcasteurs de se concentrer sur les applications de podcast plutôt que sur Twitch ou YouTube, car la majorité de l'audience s'y trouve.

En 2023, Patrick Beja explique préférer l'audio, moins concurrentiel que la vidéo et mieux adapté aux contextes d'écoute (ménage, voiture), mais produit désormais son podcast avec une composante vidéo. Il observe que YouTube attire une grande partie des budgets publicitaires au détriment du podcast, car ses chiffres d'audience sont plus élevés, bien que l'écoute de podcast soit plus engagée. Il explique aussi que le marché français du podcast est moins développé que le marché anglo-saxon, à cause d'un public plus restreint, de la concurrence de YouTube sur les budgets publicitaires et de l'investissement rapide de la radio dans le replay. Il note que l'écoute de podcasts est plus volontaire que le streaming, ce qui explique l'âge moyen plus élevé, et que 25 % des auditeurs écoutent l'émission pendant le travail, principalement via le podcast. La même année, il est préoccupé par la faible découvrabilité de son podcast et cherche à recruter via des formats courts (TikTok, YouTube Shorts, Instagram), la visibilité accrue de Twitch et YouTube et la diminution des invitations croisées rendant la découverte difficile. Jérôme Keinborg note un retour du format long sur YouTube : les vidéos de moins de 10 minutes sous-performent, tandis que les formats de 10 à 15 minutes sont préférés pour les sujets approfondis.

En 2024, Guillaume Vendé souligne que le podcast offre une interaction humaine privilégiée, supérieure à celle des communautés YouTube. Patrick Beja observe que les relations parasociales sont plus fortes dans le podcast que dans la télévision ou sur YouTube. La même année, Jérôme Keinborg observe que le podcast audio strict n'a pas généré de fortunes, contrairement aux créateurs vidéo (YouTube, Twitch), citant Leo Laporte comme exception notable. Acast souligne que le principal problème des podcasts est la découvrabilité, et que des formats interactifs ou de portraits peuvent aider à attirer de nouveaux auditeurs.

En 2025, Patrick Beja note que YouTube domine largement le marché de la vidéo, avec plus de parts que Netflix, Warner Bros et Amazon combinés. En 2026, Jérôme Keinborg observe que YouTube projette une image de succès et de richesse (star system) plus forte que le podcast audio, ce qui a entraîné des critiques de type « mendiant numérique » lors de crowdfunding de youtubeurs. La même année, Patrick Beja reçoit les résultats d'un sondage indiquant que 90 % des répondants aiment son podcast, ce qui le rassure face à la concurrence de YouTube et TikTok ; il confie parallèlement écouter de plus en plus de vidéos sur YouTube, parfois au détriment des podcasts.

Ce qu'en disent les chroniqueurs

Olivier Frigara souligne que la production d'un podcast hebdomadaire est très exigeante et souvent bénévole, et que le Patreon permet de soutenir l'écosystème et de financer les moyens de production. Il a commencé son podcast « On Refait Le Mac » à titre amateur en 2005 ou 2006 alors qu'il travaillait à SVM Mac ; l'émission est devenue hebdomadaire en 2010.

Anouk Perry indique qu'il n'existe pas de modèle économique unique pour le podcast, mais plusieurs façons de gagner de l'argent (salariat, job à côté, création d'une société de production, podcasts en marque blanche, publicité, autofinancement). Elle rejette l'idée d'un format fixe et préfère varier les formats — témoignages, reportages, durées de 5 minutes à 1 h 30.

Siegfried Thouvenot observe que les nouvelles générations de podcasteurs (tous les deux à trois ans) adoptent des formats plus professionnels et polis, permettant de générer des revenus là où les anciens n'y parvenaient pas. Guillaume Slash et Jérôme Keinborg constatent la fin de l'ère « baba cool » du podcasting au profit d'une professionnalisation et de stratégies industrielles de médias.

Cédric Ingrand a réalisé un reportage chez Leo Laporte en 2006, où ce dernier détaillait son business de podcast déjà rentable, ce qui lui a fait prendre conscience du potentiel commercial du podcasting. Leo Laporte reste cité comme l'exception notable d'un podcasteur audio ayant bâti une fortune.

Du côté des plateformes, plusieurs constats traversent les années : Spotify a investi massivement dans les podcasts (acquisition du studio Gimlet pour environ 280 millions de dollars, exclusivité du podcast de Joe Rogan estimée entre 100 et 200 millions) avant de rationaliser son offre et de réduire ses investissements, le modèle attendu n'ayant pas été atteint. Spotify a échoué à devenir la destination centralisée et exclusive du marché, car le format est décentralisé et non captif. Patrick Beja analyse que l'écosystème va se diviser entre podcasts « libres » (accessibles via flux RSS dans n'importe quelle application) et contenus exclusifs à une plateforme, et que Spotify utilise les podcasts pour maîtriser et monétiser un contenu sur lequel il a plus de contrôle que la musique.

Les épisodes racontés

Un repère par épisode cité. Touchez un repère pour le nommer, encore pour l'ouvrir.

2014
2015
2016
2017
2018
2019
2020
2021
2022
2023
2024
2025
2026

17 épisodes, de 2014 à 2026.

Quand, où

Les épisodes racontés, par année et par émission.

Voir aussi