Blizzard · 10 parties
- Patrick Beja et Blizzard : une relation de l'intérieur
- Diablo III : l'annonce, le lancement et la rédemption
- Diablo Immortal : la controverse, puis le lancement
- Diablo IV et Diablo II Resurrected
- Hearthstone : le jeu de cartes de Blizzard
- Overwatch, Heroes of the Storm et StarCraft
- World of Warcraft, la licence fondatrice
- La BlizzCon, rendez-vous annuel des fans
- Les controverses : Hong Kong et le harcèlement
- L'évolution du regard sur Blizzard
Patrick Beja et Blizzard : une relation de l'intérieur
Patrick Beja a travaillé chez Blizzard Entertainment de 2009 à 2014 en CDI. Il se présentait encore en 2016 comme ancien employé. Il a quitté l'entreprise pour ses podcasts ; Le Rendez-vous Jeux a suivi son départ, car il voulait continuer à parler de jeux vidéo. Son premier podcast, Azeroth.fr, date de 2006 et était consacré à World of Warcraft ; son emploi chez Blizzard l'a contraint à arrêter d'en parler, puis il a relancé une émission jeux après son départ.
Il a vécu de l'intérieur les lancements d'Overwatch et de Diablo III. Sur Diablo III, il affirme que les problèmes de connexion n'ont duré que trois jours, contrairement à l'image catastrophique restée. Il estime que Blizzard a gardé la confiance de ses fans grâce aux corrections de Diablo 3. Employé, il a eu gratuitement les extensions de WoW et des bonus Noël sur Battle.net, avec un solde restant non retirable. Il a apprécié l'accent sur la diversité des corps. Il a retrouvé des contacts de la WWDC et de la présentation de Diablo III en 2008, liés à Azeroth.fr.
Diablo III : l'annonce, le lancement et la rédemption
Diablo III est annoncé en 2008 et présenté à la WWDC. Dans Azeroth.fr, 2008 est riche en discussions. Le 5 juin 2008, Daniel le trouve immersif et beau, avec une ambiance plus mature que WoW, mais critique les animations et les zones instanciées. Le 28 juin 2008, Julien est enthousiaste : puissance des personnages, univers détaillé, barbare, Witch Doctor et boss comparés à Diablo II.
Le jeu sort en 2012 après une longue attente. Zecharia explique que cette attente a traumatisé les joueurs, entre attentes hautes et jeu initial décevant. Patrick Beja insiste : les problèmes de connexion n'ont duré que trois jours. Reaper of Souls redresse le jeu. JK Lauret admire les développeurs, qui ont adressé les déceptions et accepté la critique. Patrick souligne que Josh Mosqueira a rendu Diablo 3 presque addictif et que Warcraft Legion en a hérité. Il dit avoir passé des centaines d'heures sur Diablo 3, même avant Reaper of Souls, et reconnaît être venu à la licence par la simplification et l'« arcade-ification » de Diablo 3.
Le regard n'est pas inconditionnel. En 2023, Patrick juge le scénario de Diablo 3 et Reaper of Souls catastrophique et sans originalité. En 2016, il estime que Blizzard ne fera pas de deuxième extension, l'image étant écornée, et qu'il vaut mieux repartir sur Diablo 4 ; Torment 13 suggère un reset. Damien pointe que beaucoup de joueurs sont restés sur la déception du lancement. Blizzard annonce 30 millions d'unités vendues pour la franchise Diablo III. En 2016, l'événement « The Darkening of Tristram » reproduit Diablo 1 dans Diablo 3 avec déplacement à huit directions, animations robotiques et filtre pixelisé.

Diablo Immortal : la controverse, puis le lancement
L'annonce de Diablo Immortal, jeu mobile, à la BlizzCon 2018 a été le grand moment de crispation. Allen Adham, cofondateur de Blizzard, a reconnu que la BlizzCon n'était peut-être pas le meilleur endroit. Patrick Beja s'est dit déçu par l'annonce mobile, tout en critiquant la violence des réactions de joueurs se sentant abandonnés, alors que Blizzard affirmait travailler sur d'autres projets.
Le jeu est développé avec NetEase, spécialiste mobile et marché chinois, en utilisant la base de Diablo 3 pour une version située entre Diablo 2 et Diablo 3. Patrick le décrit comme « Diablo 3 adapté au mobile », avec assets et concepts modifiés pour mobile : aspect MMO, serveurs dédiés, donjons publics, prise en main rapide. Il y voit « la dernière chance pour les joueurs traditionnels occidentaux d'avoir un jeu de qualité sur mobile ». Il l'a testé sur NotPatrick et l'a trouvé « pas mal ». Julien (Zéka) défend le gameplay adapté et les graphismes, mais critique le pay-to-win et la batterie.
Au lancement en 2022, les réactions sont plutôt positives, contrairement à l'annonce. Patrick se dit toutefois déçu et frustré : Blizzard a mal géré microtransactions et pay-to-win. Eskarina y voit une ouverture utile aux joueurs mobiles, mais préfère Diablo 3 sur PC. En 2023, Kevin Cicurel argue que vendre de la puissance directement, comme dans Diablo Immortal ou via l'hôtel des ventes de Diablo 3, tue le hack'n' slash, car rareté et puissance doivent venir du gameplay. En amont, la BlizzCon 2016 avait déçu les fans de Diablo : pour les 20 ans, seulement un mod Diablo 1 et une classe pour Diablo 3, alors que les joueurs attendaient une annonce majeure. Zecharia rappelle le traumatisme de l'attente 2008-2012.
Diablo IV et Diablo II Resurrected
Diablo IV est annoncé à la BlizzCon 2019, avec Overwatch 2 et une extension de World of Warcraft. Patrick Beja compare ses graphismes à Diablo 3, note une proximité visuelle mais une atmosphère plus sombre. Il s'attend à un jeu à 60 € avec monétisation long terme (extensions, Battle Pass) et espère la qualité. Julien (Zéka) souligne la différence narrative : dans Diablo IV, le joueur ne sauve pas le monde, il survit dans un monde dévasté, avec des conséquences souvent pires.
La sortie fin mai 2023 approche avec des bugs mais un bon ressenti. En octobre 2024, JK Lauret estime que Diablo IV a atteint un équilibre idéal grâce aux mises à jour et à l'extension, après une sortie initiale décevante comparable à Diablo III. Daniel Charbit préfère Diablo 3, plus arcade et amusant, même s'il n'avait pas terminé Diablo 3 à sa sortie avant d'y revenir grâce à l'extension.
Diablo II: Resurrected a ses partisans : JK préfère l'ambiance de Diablo II, plus gritty, dark et gothique, et considère le remaster comme l'un des meilleurs hack'n' slash, jouable à la manette pour la première fois avec une implémentation supérieure au clavier-souris. Patrick Beja avait expliqué dès 2019 qu'un remaster de Diablo 2 était attendu et aurait satisfait beaucoup de gens.
Hearthstone : le jeu de cartes de Blizzard
Hearthstone, jeu de cartes dans l'univers de Warcraft, est lancé en décembre 2014, à partir d'une équipe de 10 à 15 personnes. L'extension Goblins versus Gnomes, avec plus de 120 cartes, arrive dès décembre 2014. Patrick Beja en est un grand fan. Il attend l'aventure Mont Rochenoire prévue le 2 avril 2015 ; Mathieu Chartier annonce cinq ailes débloquées chaque semaine et un contenu difficile, d'après Naxxramas. Patrick suit la finale ESL Legendary à Katowice le 16 mars 2015 et note l'écart de compétence avec les pros. Il y joue régulièrement et tente de gagner de l'argent, tout en se jugeant insuffisamment compétent. Il est aussi désespéré par la pause de la bêta d'Overwatch en 2016 et se réjouit d'une nouvelle extension Hearthstone.
Sur l'e-sport, Patrick, qui a vécu Blizzard de l'intérieur, explique que l'entreprise était prudente : l'e-sport a décollé vite, mais la petite équipe voulait s'assurer que la communauté était prête et que l'excitation durerait avant de s'y lancer. Mathieu Chartier s'étonne que Blizzard ait su très tôt le potentiel et que la partie e-sport ait décollé quasi immédiatement.
Les extensions et ajustements rythment les discussions : Whispers of the Old Gods, prévue le 26 avril 2016, pour laquelle Patrick précommande 50 packs ; le mode Standard, limité aux extensions et aventures des deux dernières années plus les cartes basiques, face au mode Wild ; Mean Streets of Gadgetzan, avec Patches le pirate et Kazakus ; la garantie d'une légendaire dans les dix premiers paquets ; des légendaires toujours nouvelles pour réduire les doublons ; un mode inspiré des Auto Battlers en 2019 ; la réintégration de cartes anciennes dans le set standard ; Showdown in the Badlands, prévue le 14 novembre 2023, avec catch-up packs et carte héros neutre.
Daniel Charbit est excité par les extensions, juge l'extension de 2017 très bonne, mais regrette que l'aléatoire n'ait pas été atténué. Mamytwink observe une baisse du trafic des sites après une extension, qu'il attribue à la maturité du jeu et à la fatigue face à la rotation, tout en saluant l'originalité de la création de sort ; il pense que la nouvelle extension redonnera un élan, avec prudence sur le long terme. Patrick Beja, en 2016, a l'impression que Hearthstone a atteint plus vite que WoW le stade où les extensions sont sympas mais ne motivent plus sans engagement préalable, après quatre ou cinq ans.
Blizzard a conclu un accord avec Twitch pour diffuser exclusivement une grande partie de ses événements e-sport (HGC, WCS, HCT, Hearthstone Global Games), avant qu'Activision Blizzard ne signe un accord exclusif avec YouTube pour tous ses tournois, y compris Overwatch League, Call of Duty, Hearthstone et World of Warcraft, remplaçant Twitch. Le 4 juillet 2017, le top des jeux les plus regardés sur Twitch incluait quatre jeux Blizzard parmi les douze premiers.

Overwatch, Heroes of the Storm et StarCraft
Overwatch est annoncé à la BlizzCon 2014, avec une bêta prévue en 2015. L'édition de base coûte 39 € et Blizzard promet des nouveaux personnages et modes gratuits. Le Rendez-vous Jeux du 29 avril 2016 consacre un épisode entier à un panorama et guide de démarrage préparé par Patrick Beja, grand fan, avant la bêta ouverte et le lancement. Il souligne le mantra « easy to learn, hard to master ». Blizzard a créé Zarya pour la diversification des personnages, dont la variété des corps, et utilise une narration de « chasse au trésor » avec indices dans descriptions, articles et décors, en plus de courts-métrages, comics et cinématiques.
Damien s'inquiète en 2014 que la sortie d'Overwatch fragmente la communauté Blizzard, au détriment des sites dépendant de sa polyvalence. Blizzard a teasé Sombra pendant des mois. Patrick, peu fan d'e-sport, a suivi avec enthousiasme les qualifications et la BlizzCon de l'équipe canadienne. Blizzard a créé l'Overwatch Pro League, où les équipes des principaux pays sont payées par l'éditeur, sur un modèle proche de Riot pour League of Legends ; la grande arène réservée à StarCraft par Mike Morhaime a été transférée à Overwatch pour la BlizzCon.
Sur Overwatch 2, le jugement a évolué. Patrick le voit d'abord comme « Overwatch 1.5 », à 90 % identique pour le grand public, avec un rythme plus dynamique et des personnages plus funs. En octobre 2022, il tweete que c'est un très bon jeu, juge les critiques de lancement exagérées et l'inclut dans son top de l'année. En 2023, il le trouve généreux pour un free-to-play, avec maps, modes et personnages gratuits malgré un Battle Pass payant, et note qu'il est devenu le pire jeu de Steam à cause d'un review bombing. En avril 2024, il défend le titre : le cœur du jeu est presque incritiquable, les nouveaux héros sont au niveau d'Overwatch 1, et l'ambiance négative l'avait poussé à ne plus admettre à quel point le design est incroyable. Il se réjouit du retour des loot boxes en 2025, trouve le jeu gratuit et chaque personnage distinct et amusant, citant Venture en 2024. Blizzard teste un format 6v6 en interne, et Patrick raconte être passé Platine en classé après huit ou neuf ans.
Heroes of the Storm a compté jusqu'à 8 millions de joueurs inscrits en bêta, mais reste le troisième MOBA derrière League of Legends et Dota. Franck Extanasié estime que Blizzard a trouvé un équilibre en créant un jeu plus léger et simple, faute de pouvoir rattraper le retard. JK Lauret, qui n'a jamais joué à Dota ou LoL, trouve que Heroes et les jeux Blizzard communiquent mieux. Blizzard a fait des promotions avec Overwatch, lancé l'événement Diablo « The Eternal Conflict », présenté Sylvanas à la PAX puis Kel'Thuzad, Alexstrasza et Hanzo, et introduit Orphea, premier personnage original du Nexus, avec un court-métrage proche de l'anime japonais. Julien Petroons juge sain de développer un lore dédié au Nexus pour ne pas épuiser les personnages des autres licences. Les 10 ans du jeu sont célébrés en juin 2025 avec portraits gratuits et tous les héros accessibles ; en 2026, un nouveau personnage payant est annoncé pour ce jeu « cliniquement mort » mais encore alimenté. Patrick a aussi discuté avec un fan de Heroes dans Pixels.
Pour StarCraft, DeepMind a annoncé à la BlizzCon 2016 qu'il développerait une IA pour StarCraft II avec Blizzard. Une rumeur évoquait un remake de StarCraft 1 à la BlizzCon 2016. En 2026, Blizzard annonce un nouveau jeu StarCraft, contrairement aux rumeurs d'un StarCraft 3 par un partenaire coréen. JK Lauret estime que Blizzard a manqué la suite de l'e-sport après avoir été pionnier avec StarCraft, citant les échecs relatifs de Heroes of the Storm et d'Overwatch.
World of Warcraft, la licence fondatrice
World of Warcraft a donné naissance au premier podcast de Patrick Beja, Azeroth.fr, lancé en 2006. La BlizzCon est présente dès les débuts : Azeroth.fr est enregistré en direct le 3 août 2007, quand Blizzard annonce The Wrath of the Lich King. Le 8 août 2008, Patrick et Nath discutent de la nouvelle zone de départ, réussie grâce aux engins de siège, batailles aériennes et ambiance. Le 5 octobre 2009, l'émission traite de Cataclysme et des annonces d'après-BlizzCon ; un concours permet de gagner des mascottes de la Boutique Blizzard.
Warlords of Draenor fait remonter WoW à 10 millions d'abonnés après une chute à environ 6,8 millions. Philippe Fontaine explique que l'extension a été mieux accueillie que Mists of Pandaria grâce à des innovations comme le fief, tandis que Mists était perçue comme un clin d'œil aux abonnés chinois et moins bien reçue. Patrick observe que Blizzard a réagi aux problèmes de contenu de Warlords en promettant une abondance de contenu continu. Le serveur privé vanilla Nostalrius a reçu un ordre de cessation d'activité des avocats de Blizzard en 2016.
Legion est vécue comme une renaissance : Damien estime que le contenu a agréablement surpris les joueurs, avec un volume tel que les joueurs manquent de temps, et que le trafic d'Icy Veins est deux fois supérieur à celui du lancement de Warlords. Daniel Charbit considère Legion comme le meilleur épisode depuis Wrath of the Lich King. À la BlizzCon, Blizzard présente un programme pour Battle for Azeroth couvrant les patchs 8.1 à 8.2.5 jusqu'à l'été 2019, avec raids, donjons, sets d'armure et refonte graphique de Warsong et Arathi.
Plus largement, Patrick et ses invités notent que Blizzard a anticipé la chute de popularité de WoW après dix ans en développant Hearthstone, Heroes of the Storm et Overwatch — ce dernier issu du projet Titan abandonné — et a compensé la baisse des ventes de WoW par le succès de Hearthstone et le démarrage positif de Heroes. Activision Blizzard annonce 70 millions de joueurs inscrits pour Hearthstone, Heroes of the Storm et Destiny. En 2023, Blizzard annonce à la BlizzCon trois extensions pour WoW, marquant le retour vers Azeroth et une vision à long terme pour les 20 ans ; en 2025, il détaille un système de housing jugé d'une complexité d'éditeur de niveau. Azeroth.fr fête les 20 ans de WoW en septembre 2026, avec rendez-vous dans cinq ans ; Patrick y raconte avoir rejoué à Classic pour les 15 ans et avoir adoré retrouver le jeu de 2004, avant d'arrêter par manque de temps.

La BlizzCon, rendez-vous annuel des fans
La BlizzCon est la convention annuelle de Blizzard à Anaheim, en Californie, réunissant environ 25 000 personnes sur deux jours. Patrick Beja compare son ambiance à celle des événements Japanime : euphorie de partage de passion et communauté soudée, par opposition aux salons professionnels comme l'E3, la Gamescom ou la Paris Game Week. Sa première BlizzCon a été marquante, avec un fort sentiment d'appartenance à la communauté WoW.
L'édition 2016 célèbre les 25 ans de Blizzard, avec le retour d'Allen Adham. L'édition 2017 est marquée par l'e-sport : 75 % de la superficie est consacrée aux scènes e-sport, et Mike Morhaime met l'accent sur les valeurs de Blizzard et une poussée vers l'e-sport sur tous ses jeux. Blizzard confirme alors qu'il n'y aura pas d'annonce Diablo pour éviter la déception. L'édition 2018 est celle de Diablo Immortal et de la controverse ; Patrick la juge creuse, avec des mises à jour habituelles hors Warcraft et Diablo, alors que les joueurs attendaient des nouveautés majeures pour Overwatch, Hearthstone et Heroes. L'édition 2019 s'ouvre par des excuses et une écoute envers la communauté, perçue comme sincère et efficace, et annonce Diablo IV, Overwatch 2 et une extension de WoW.
La pandémie et les scandales bouleversent ensuite le rendez-vous : BlizzConline remplace la BlizzCon 2020 ; Mike Ybarra annonce vouloir relancer la BlizzCon en 2023 ; la BlizzCon 2022 est annulée pour réimaginer l'événement. Novembre 2023 est la première édition depuis les scandales de harcèlement de 2021 et la première sous Microsoft. La BlizzCon 2024 est annulée ; Patrick estime que Blizzard aurait pu en faire une célébration de la communauté, notamment pour les 30 ans de Warcraft et les 20 ans de WoW, et note que l'annulation d'un jeu de survie a privé l'événement d'une nouvelle licence centrale. Le retour est annoncé pour septembre 2026 ; Patrick qualifie cette édition de « la plus impressionnante de l'histoire du jeu vidéo ».
Les controverses : Hong Kong et le harcèlement
En octobre 2019, le joueur de Hearthstone Blitzchung remporte le Grandmaster Asie-Pacifique et fait, lors de son interview, une déclaration en faveur des manifestants de Hong Kong, masque à gaz et lunettes de ski. Blizzard le bannit un an, lui retire ses gains de saison (environ 10 000 dollars) et renvoie deux casters. Devant la révolte — appels au boycott, suppression de comptes — Blizzard réduit la suspension à six mois et lui réattribue les gains. Blizzard bannit aussi les discussions sur le sujet de ses canaux et publie une lettre d'excuse sur Sina Weibo, exprimant son respect pour la fierté de la nation chinoise, ce qui exacerbe la controverse. Blizzard a 5 % de ses parts détenues par Tencent et environ 12 à 13 % de ses revenus viennent d'Asie-Pacifique.
Patrick Beja estime que la décision est compréhensible pour éviter des tournois politiques, mais que le contexte des droits de l'homme à Hong Kong complexifie la situation. Il souhaite que Blizzard soutienne les manifestations et refuse les demandes du gouvernement chinois, malgré les conséquences en Chine, et craint une BlizzCon transformée en manifestation anti-chinoise. Il critique l'inégalité : le joueur est banni alors que les casters qui l'avaient encouragé sont épargnés. Il finit par estimer que Blizzard ne pouvait ni annuler le bannissement ni quitter la Chine, rendant sa réaction compréhensible. Julien (Zéka) voit un effet positif : l'incident a sensibilisé la communauté à Hong Kong. Mei est devenue un symbole de la révolution ; à la BlizzCon 2019, des t-shirts Mei sont distribués sans répression, et deux personnes scandent « Free Hong Kong » pendant une Q&A WoW, laissées parler par l'animateur Taliesin.
En juillet 2021, des accusations de harcèlement et d'écart de rémunération sont portées contre Blizzard. Le Rendez-vous Jeux du 3 août 2021 consacre un épisode entier au scandale. Le procès implique harcèlement au travail et lors d'événements, managers faisant des suggestions inappropriées à des employées, inégalités de promotion, direction accusée d'avoir su, encouragé une culture toxique et pris des mesures punitives contre les plaignantes. De nombreuses femmes témoignent d'une « bro culture » : harcèlement, discrimination, agressions et blagues inappropriées. Des sponsors, dont T-Mobile, Coca-Cola et Kellogg's, quittent l'Overwatch League. J. Allen Brack quitte son poste et est remplacé par deux personnes titrées « Leader ». Patrick, ancien de Blizzard, se sent personnellement touché, trahi et coupé, tout en précisant ne pas avoir ressenti cette ambiance en Europe. Activision Blizzard met ensuite en place une politique de zéro tolérance et supprime les clauses d'arbitrage, une victoire pour le syndicat A Better ABK.
La question chinoise est traitée plus largement : Patrick et ses invités notent que la Chine utilise son marché comme une arme pour imposer ses normes aux entreprises étrangères, citant Apple qui a retiré des applications et Blizzard qui a censuré un joueur. Julien Lausson cite l'incident Hearthstone comme exemple de cette influence exportée vers les entreprises internationales.
L'évolution du regard sur Blizzard
Le regard s'est déplacé d'une admiration d'initié vers une critique plus distante, sans rompre l'attachement. En 2015-2016, Patrick se décrit comme un grand fan et salue la capacité de Blizzard à garder la confiance grâce aux corrections de Diablo 3. Il vante le lanceur Blizzard, considéré comme un « prime real estate » sur PC au même titre que Steam, offrant une visibilité premium et coûteuse, alors que Battle.net est bien apprécié, contrairement à uPlay et Origin, mal perçus ; le lanceur Bethesda est jugé assez mauvais. L'arrivée de Destiny 2 sur Battle.net est analysée comme une opportunité pour Bungie et Activision, évitant la concurrence de Steam et les frais de Valve ; les réactions sont mitigées, certains y voient une trahison de l'exclusivité du lanceur, et Patrick est frustré que Destiny 2 soit complètement associé à Blizzard, alors que Destiny était son jeu non-Blizzard préféré. Il estime que Call of Duty ne sera pas ajouté au lanceur, le public et le style différant.
Le portrait est celui d'une entreprise à la cadence intensifiée, en partie à cause d'Activision, avec une approche contrôlée visant la rentabilité de chaque département, y compris l'e-sport. Patrick note que l'e-sport sort de sa niche, citant l'investissement de Blizzard et Canal+, tandis que Daniel Charbit voit dans le succès de League of Legends, CS:GO et Hearthstone la preuve que l'e-sport atteint le grand public. JK Lauret est curieux du succès d'Overwatch en e-sport, une carte énorme pour Blizzard car nouveau genre et nouvel univers.
À partir de 2020, les critiques se durcissent. Patrick soutient que le problème principal est l'absence de sortie de jeu pendant quatre ans, et qu'il faut attendre Overwatch 2, Diablo 4 et Diablo Immortal pour juger l'impact d'Activision. Les reports de Diablo 4 et Overwatch 2, sans date initiale, sont raillés par JK Lauret. En novembre 2021, JK estime que Diablo 4 n'arrivera probablement pas avant deux à trois ans et que le public s'intéresse peu à Overwatch 2 ; il trouve que « ça sent pas bon en terme de projet » chez Blizzard, tandis que Patrick évoque une « impasse créative », tout en reconnaissant qu'il est bon signe de ne pas sortir un jeu inachevé. Maxime Claudel voit dans l'annonce d'un nouveau jeu sans détails une opération pour surfer sur l'acquisition par Microsoft et racheter l'amour des fans, alors que Blizzard doit déjà sortir Diablo Immortal, Diablo 4 et Overwatch 2.
En 2023, JK Lauret dresse un constat sévère : Blizzard, pionnier avec StarCraft, a manqué la suite de l'e-sport, comme le montrent les échecs relatifs de Heroes of the Storm et d'Overwatch ; la même année, Blizzard ferme sa division e-sport et licencie, après 50 licenciements dans cette division en 2021. Mais l'attachement reste : Patrick défend la qualité du cœur d'Overwatch 2 en 2024, le juge injustement maltraité, et attend Diablo IV. En 2024, il regrette que Blizzard n'ait pas fait de la BlizzCon une célébration de la communauté pour les 30 ans de Warcraft et les 20 ans de World of Warcraft, ces anniversaires marquant selon lui le moment où Blizzard est devenue la société majeure qu'elle est aujourd'hui, grâce à la conquête mondiale permise par WoW.
