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Événement

Snowden et la NSA

Raconté à partir de 43 épisodes, de 2013 à 2024, avec 9 voix.

Ceux qui en parlent

Snowden et la NSA · 10 parties
  1. Les révélations de juin 2013
  2. L'épisode du 18 juin 2013 : Prism décortiqué
  3. L'« accès direct » : une affirmation contestée
  4. L'été et l'automne 2013 : inculpation, asile, premières suites
  5. Janvier 2014 : les réformes de la NSA
  6. Février 2014 : le bilan qui s'annonce
  7. Mars 2014 : le bilan de Patrick et des chroniqueurs
  8. Les suites légales et internationales
  9. Snowden, les documentaires et le changement de regard
  10. Snowden en Russie

Les révélations de juin 2013

À l’été 2013, un lanceur d’alerte fournit au Guardian et au Washington Post des documents affirmant que la NSA accède directement aux serveurs de Google, Facebook, Apple et Twitter. Avant le 18 juin, la NSA aurait aspiré des métadonnées auprès d’opérateurs comme Verizon. Le 18 mars 2013, le directeur de la NSA avait déclaré sous serment que l’agence n’espionnait pas des millions d’Américains. Edward Snowden affirme pouvoir espionner n’importe qui en temps réel avec un e-mail ou un numéro de téléphone.

L'épisode du 18 juin 2013 : Prism décortiqué

Le RDV Tech du 18 juin 2013, avec Patrick Beja, Jérôme Keinborg et Guillaume Main, décortique Prism. Keinborg parle du « roman d’espionnage de l’été pour les geeks » ; Beja a analysé environ trente articles et en a lu le double. L’affaire dépasse l’espionnage classique : elle pose des questions techniques, légales et morales. L’accès aux communications privées de sociétés privées va plus loin que la surveillance des réseaux publics. La NSA stocke massivement des données pour les reconsulter a posteriori. Pour Beja, le cœur du problème est que la surveillance soit légale alors qu’elle devrait être illégale, le cadre ayant été étiré depuis le Patriot Act ; la loi américaine interdit d’espionner les Américains. Main compare à Echelon, voit une fatalité industrialisée depuis la Seconde Guerre mondiale, et estime que la NSA n’a rien fait d’illégal au regard du Patriot Act, grâce à des ramifications légales complexes. Keinborg souligne la nouveauté de l’accès aux bases privées et commerciales et réclame des contrôles hiérarchiques. Beja nuance : le scandale tient à l’absence quasi totale d’encadrement, contrairement à Echelon.

Le siège de la NSA à Fort Meade, dans le Maryland, l'agence dont Snowden a révélé les programmes de surveillance.
Le siège de la NSA à Fort Meade, dans le Maryland, l'agence dont Snowden a révélé les programmes de surveillance. Wikimedia Commons, « National Security Agency headquarters, Fort Meade, Maryland », National Security Agency, Public domain · crédits

L'« accès direct » : une affirmation contestée

Le rapport de la NSA décrit un accès direct aux données sans demande préalable, point central ensuite démenti. Le Guardian et le Washington Post reformulent leurs articles pour retirer cette notion. Le gouvernement américain, Facebook et Microsoft démentent tout accès direct aux serveurs, contredisant des PowerPoint de la NSA ; les entreprises nient connaître le nom Prism sans nier que la NSA accède aux données hébergées. Plus tard, on comprend que la NSA utilisait des sondes plutôt que des accords directs. Cédric Ingrand décrit une collecte massive, incluant des accès non autorisés à des serveurs internes comme Google, et des enquêtes ciblées. Michael Arrington et Steve Gibson avancent des théories sur un système automatisé de requêtes d’accès direct.

L'été et l'automne 2013 : inculpation, asile, premières suites

Le 2 juillet 2013, Snowden est inculpé pour espionnage. Il demande l’asile à quinze pays sans convention d’extradition avec les États-Unis ; à la mi-juillet, il est toujours dans un aéroport. Le 6 septembre, la Russie lui accorde un asile temporaire d’un an, qualifié par Beja de jeu d’échecs de Poutine. La NSA annonce intercepter 1,6 % du trafic Internet mondial par jour ; Jeff Jarvis estime que cela représente environ 20 % du trafic Internet américain en texte. L’Allemagne et la Finlande réagissent avec colère, cette dernière jugeant l’espionnage indifférencié illégal. La moitié des sénateurs américains manquent le briefing de la NSA. Mozilla lance stopwatching.us, l’ACLU intente un procès, et Paris ouvre une enquête après une plainte contre X. En octobre, Korben critique l’hypocrisie française ; en novembre, Ulrich Rozier refuse de consentir à la surveillance ; en décembre, les entreprises américaines font du lobbying. Le 16 juillet, Beja distingue Prism, qui stocke le contenu, de la DGSE, qui ne collecte que les métadonnées ; il confirme un programme secret de la DGSE, qualifié d’illégal ou d’a-légal, et juge fausse la comparaison entre métadonnées françaises et surveillance de contenu de la NSA.

Janvier 2014 : les réformes de la NSA

Mi-janvier 2014, Snowden estime sa mission accomplie. Obama s’apprête à annoncer des changements, peut-être le 17 janvier, dont la suppression de consultants externes. Le Congrès doit demander à Bruce Schneier d’expliquer les activités de la NSA. Le RDV Tech du 28 janvier détaille les réformes : les archives de métadonnées téléphoniques ne seront plus gérées directement par la NSA mais conservées dans une base indépendante ; les sauts d’écoute sont limités à deux intermédiaires au lieu de trois ; les gag orders sont assouplis. Un rapport conclut que l’espionnage téléphonique aux États-Unis était illégal et peu utile contre le terrorisme. Snowden juge l’espionnage parfois nécessaire, mais les programmes de la NSA déconnectés. Les chroniqueurs sont réservés : Guillaume Min y voit communication et hypocrisie ; Lionel dénonce une entité informe, sans responsabilité, la base agrégée Verizon, l’empêchement du Congrès et la complexité technique. Beja insiste sur l’équilibre des pouvoirs : les mensonges au Congrès ont détruit la confiance et les réformes sont vides. Il suppose qu’Obama garde les programmes par efficacité secrète et critique l’absence de mécanisme adversarial. Min cite Pew : 56 % des Américains favorables à poursuivre Snowden pour trahison, et le Brésil propose des câbles sous-marins pour éviter l’Amérique du Nord. Beja souligne la contradiction entre accusations de trahison et changements politiques.

Un dirigeable de l'EFF et de Greenpeace survole le centre de données de la NSA dans l'Utah en juin 2014 pour protester contre l'espionnage de masse.
Un dirigeable de l'EFF et de Greenpeace survole le centre de données de la NSA dans l'Utah en juin 2014 pour protester contre l'espionnage de masse. Wikimedia Commons, « Airship flying over the Utah Data Center 04 », Greenpeace, CC BY 3.0 · crédits

Février 2014 : le bilan qui s'annonce

Le RDV Tech du 11 février 2014 recommande l’interview sous-titrée de Snowden sur le site de Korben, et mentionne une interview par des médias allemands. Beja se dit choqué que les médias couvrent surtout les archives téléphoniques et occultent Prism et l’espionnage généralisé d’Internet. Il rappelle que les grandes sociétés ont révélé quelques milliers de requêtes visant 50 000 à 80 000 comptes au premier semestre 2013. Le chef de l’espionnage américain suggère que Snowden rende les documents s’il a accompli sa mission ; Beja trouve l’argument intéressant mais simpliste.

Mars 2014 : le bilan de Patrick et des chroniqueurs

Le RDV Tech du 25 mars 2014 dresse un bilan. Beja note des révélations toutes les deux ou trois semaines depuis huit mois, dont le mensonge de la NSA au Congrès. Il considère Snowden comme un héros et lanceur d’alerte responsable, clair, honnête et réfléchi, non comme un hacker anarchiste. Il le contraste avec Assange : Snowden veut un recentrage de la NSA et le respect de la loi, et appelle à des outils chiffrés de bout en bout. Cédric Ingrand compare Assange à une figure antisociale et Snowden à Gandhi, et affirme que la NSA foule aux pieds la loi, la Constitution et sa charte. Beja critique l’interprétation constitutionnelle de la NSA. L’épisode rappelle que la NSA espionnait la Chine avec du matériel déconseillé par crainte de l’espionnage chinois. Snowden participe virtuellement à South by Southwest et à TED via un robot de téléprésence.

Edward Snowden, toujours exilé en Russie, s'exprime par vidéo lors d'une conférence en Floride en 2021.
Edward Snowden, toujours exilé en Russie, s'exprime par vidéo lors d'une conférence en Floride en 2021. Wikimedia Commons, « Edward Snowden (51367768298) », Gage Skidmore from Surprise, AZ, United States of America, CC BY-SA 2.0 · crédits

Les suites légales et internationales

Le 22 avril 2014, Beja juge les conséquences sociétales des révélations bien supérieures à WikiLeaks, ce qui explique le prix Pulitzer du Guardian et du Washington Post. Sur Heartbleed, la NSA nie l’avoir inséré ou connu avant la divulgation, mais Obama promet plus de transparence sur certains bugs ; deux sources Bloomberg affirment que la NSA connaissait la faille depuis deux ans. Le 19 mai 2014, le USA Freedom Act encadre les métadonnées téléphoniques mais pas l’espionnage Internet. On évoque le livre de Glenn Greenwald, No Place to Hide, et Sony. Le 14 juillet 2014, Beja envisage un nouveau lanceur d’alerte. Le 9 septembre 2014, Facebook réoriente sa politique vie privée après Prism. En février 2015, Gemalto et les clés SIM volées par la NSA et la GCHQ via ingénierie sociale montrent qu’une clé maîtresse peut être compromise ; l’absence des CEO au sommet cybersécurité est liée à la « bombe Snowden ». Le 18 mai 2015, le USA Freedom Act est reconduit avec limites. Le 19 octobre 2015, la CJUE annule le Safe Harbor : la NSA accède aux données sans tribunal secret et les Européens n’ont pas de recours aux États-Unis. Champeau estime que les clauses contractuelles ne règlent rien et que la localisation en Europe est imparfaite. Le 2 novembre 2015, le Parlement européen appelle à accueillir Snowden. En France, la loi sur le renseignement est adoptée le 5 mai 2015 après le vote sur les boîtes noires. Beja dénonce un « Patriot Act à la française », flou et inquiétant, opposé à la surveillance de masse mais favorable à la surveillance ciblée. Keinborg critique la séparation vie privée/liberté de Cazeneuve et la communication « McDo » ; Korben y voit un prétexte à la surveillance de masse et ironise sur des données anonymisées mais désanonymisables.

Snowden, les documentaires et le changement de regard

Le 30 novembre 2015, on rappelle que les journalistes dénonçant la surveillance ont été crédibilisés par Snowden. Guillaume Main identifie trois réactions médiatiques problématiques sur le chiffrement, dont un ancien chef de la CIA affirmant sur CNN que Snowden avait le sang des Français sur les mains. Il recommande Citizenfour de Laura Poitras, terrifiant et angoissant. Le 9 mars 2015, Beja le recommande aussi. Le 21 mars 2016, le procès Lavabit révèle que l’agence a accidentellement dévoilé le nom de Snowden en oubliant de le masquer. Le 14 juin 2016, d’anciens responsables américains admettent que ses actions, illégales, ont provoqué une réflexion nécessaire. Le 23 janvier 2017, la libération de Chelsea Manning suscite des réactions mitigées, certains jugeant WikiLeaks plus irresponsable que Snowden. Le 26 juin 2018, Beja estime que Snowden a provoqué un basculement majeur dans la tech. Le 27 décembre 2018, Champeau attribue la prise de conscience sur les données à Snowden et Cambridge Analytica. Le 15 avril 2019, Beja compare WikiLeaks, qui publie sans filtre et expose des agents, à Snowden, qui a confié les données à des journalistes pour publication sélective ; il juge Assange difficile à défendre sans nuance et Snowden « quasiment irréprochable ». Le 8 septembre 2020, une décision déclare la surveillance de masse de la NSA illégale et sans utilité. Le 22 octobre 2024, Guillaume Vendé oppose les lanceurs d’alerte américains comme Snowden à leur absence en Chine pour présenter les États-Unis comme plus démocratiques.

Snowden en Russie

Après l’asile temporaire de septembre 2013, Snowden reste en Russie. En mars 2014, Beja relève le caractère ubuesque de cet exil. En septembre 2022, Snowden possédait déjà le statut de résident permanent avant de demander la nationalité russe, invoquant ses deux enfants nés en Russie. Il l’obtient le 26 septembre 2022. Chloé Woitier note qu’il est désormais du côté russe, compare la situation à la guerre froide et son destin à celui d’Assange, les lanceurs d’alerte s’attaquant aux secrets d’État finissant souvent mal. Beja suppose qu’il a dû répondre à des questions pointues des autorités russes et considère ses révélations comme un travail minutieux, consciencieux et héroïque, dont il vit encore les conséquences.

Les épisodes racontés

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2013
2014
2015
2016
2017
2018
2019
2020
2021
2022
2023
2024

43 épisodes, de 2013 à 2024.

Quand, où

Les épisodes racontés, par année et par émission.

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