#MeToo dans le jeu vidéo · 8 parties
Introduction
Entre l'été 2020 et la fin 2023, les émissions de Patrick Beja ont suivi deux affaires de harcèlement dans le jeu vidéo : la crise interne chez Ubisoft, révélée à l'été 2020, puis le procès intenté par l'État de Californie à Activision Blizzard à l'été 2021. Le rendez-vous Jeux y est revenu à de nombreuses reprises jusqu'aux suites judiciaires.
L'affaire Ubisoft : l'été 2020
Les révélations éclatent à l'été 2020. Patrick Beja les situe dans le RDV Jeux du 14 juillet 2020 : des scandales de harcèlement sexuel ont éclaté dans l'industrie, en particulier chez Ubisoft, après des enquêtes de Libération et Numérama. L'enquête de Libération a été menée par Marius Chapuis et Erwan Cario.
Benoit « ExServ » Reinier rapporte des comportements incluant harcèlement sexuel, tentatives de viol, sexisme et trafic de drogue dans les bureaux d'Ubisoft à Montreuil. Le 13 juillet 2020, Serge Hascoët, numéro 2 d'Ubisoft, est renvoyé, et Cécile Cornet, responsable RH Monde, est démise. Les RH étaient accusées de protéger les coupables et de taire les victimes.

Ce qu'en ont dit Patrick et les chroniqueurs
Dès le RDV Jeux du 2 juillet 2020, Patrick Beja soutient que la suspension des employés accusés de manière crédible, suivie d'une enquête, est la bonne mesure : elle évite de laisser les accusés travailler avec leurs collègues et victimes potentielles, tout en respectant la présomption d'innocence. Dans celui du 14 juillet, il juge qu'Ubisoft gérait relativement bien les choses : conséquences concrètes, personnes mises à pied ou renvoyées, message clair aux RH. Il considère le maintien de l'Ubisoft Forward comme un faux pas, tout en le comprenant. Il précise que l'objectif n'est pas de boycotter Ubisoft, mais de souligner l'inadéquation de la communication.
Benoit « ExServ » Reinier se montre plus dur : après la deuxième partie de l'article de Libération du 11 juillet 2020, il estime les premiers gestes de la direction de la poudre aux yeux. Il critique l'absence d'écran d'excuses avant l'Ubisoft Forward et qualifie de honteux le « one more thing » final révélant Far Cry 6. Il décide de ne pas couvrir l'événement, ni publier sa preview, ni streamer, et indique qu'il ne recevra probablement plus de jeux Ubisoft un temps.
Maïté « Eskarina » se dit horrifiée par les révélations, notant le contraste avec l'image positive de l'entreprise après sa bataille contre Vivendi et la campagne « Believe ». ExServ confirme une culture d'entreprise centrée sur « Believe » et un culte de la personnalité autour d'Yves Guillemot, la réalité interne étant moins positive. Sur la responsabilité du sommet, ExServ juge, à partir des témoignages de Numérama et de Libération du 10 juillet, qu'Yves Guillemot était au courant, citant une phrase attribuée où il acceptait la toxicité des managers si leurs résultats la dépassaient. Patrick Beja note des actions concrètes plutôt qu'une lettre morte, mais reste incertain sur la pérennité du changement. Mister MV annonce qu'il ne streamera pas le contenu controversé d'Ubisoft, et Gamekult annule sa couverture.
Les suites chez Ubisoft
Le RDV Jeux du 12 août 2021 revient sur le collectif « A Better Ubisoft », formé après le scandale, avec de nombreuses signatures d'employés et anciens employés, dont beaucoup partis à cause de ces problèmes. Le collectif dénonce la situation et demande notamment une collaboration inter-entreprise pour des règles et processus communs. Patrick Beja compare « A Better ABK » et « A Better Ubisoft » à des syndicats qui ne disent pas leur nom. Le 19 août 2021, l'émission évoque une enquête pour harcèlement sexuel visant Ubisoft Singapour.
Le 11 novembre 2021, Ubisoft augmente les salaires et double les jours de congés des CDI au Canada pour rester compétitif. Le 23 décembre 2021, une vague de départs de développeurs, notamment au Canada, est liée à des salaires insuffisants et à des problèmes de harcèlement.
Le 5 octobre 2023, l'émission revient sur la garde à vue de cinq anciens cadres d'Ubisoft dans une enquête policière sur un harcèlement sévère, initiée par une plainte d'un syndicat et de deux personnes. Patrick Beja y voit un événement significatif : c'est la première fois que ce type d'affaire va aussi loin. Thomas Méreur souligne que ces gardes à vue, portant sur des agissements systémiques, ont coïncidé avec la sortie de Mirage à Bordeaux.
Le feuilleton judiciaire se poursuit : le 25 janvier 2024, trois anciens responsables d'Ubisoft, dont Serge Hascoët et Tommy François, sont en cours de jugement pour harcèlement sexuel et moral. Le 3 juin 2025, le procès reprend les 3 et 4 juin, Clara Lemaire couvrant les journées sur BlueSky. Le 19 juin 2025, Origami publie un compte rendu d'audition par Éloïse Linossier et Kévin Cicurel. Le 3 juillet 2025, les trois responsables sont condamnés à de la prison avec sursis et à des amendes. Le 28 août 2025, Tommy François fait appel, et Yves Guillemot, la DRH et Ubisoft en tant que personne morale sont convoqués au tribunal le 1er octobre 2025 pour démontrer un harcèlement systémique — une première pour la société. Le 5 octobre 2023 rappelle que Serge Hascoët a quitté Ubisoft dans les départs massifs. Le 2 mars 2023, Guillaume Carmona, directeur de studio, est licencié pour faute après des signalements internes de harcèlement et dénigrement.
L'affaire Activision Blizzard : le procès de 2021
Le RDV Jeux du 3 août 2021 est consacré aux accusations de harcèlement et discrimination envers Activision Blizzard et Blizzard Entertainment. Patrick Beja rappelle que le 22 juillet 2021, le Department of Fair Employment and Housing de Californie a intenté une action contre Activision Blizzard pour discrimination et harcèlement sexuel après une enquête de deux ans. Il souligne qu'il a travaillé pour Blizzard Europe, en France, de 2009 à 2014, et avait quitté la société avant le scandale.
L'épisode décrit des femmes sujettes à un harcèlement sexuel constant, malmenées, avec avances, pelotages, harcèlement lors d'événements, managers faisant des suggestions inappropriées et inégalités de promotion. L'entreprise réagit d'abord par une réponse non signée, niant des allégations qualifiées d'anciennes et déformées. Frances Townsend publie ensuite un message insultant les employés du gouvernement gérant la DFEH. J. Allen Brack reconnaît des problèmes d'environnement de travail. Bobby Kotick admet que la première réponse était « tone deaf » et propose une firme d'avocats indépendante pour des discussions anonymes.
Des femmes de la communauté et de l'entreprise témoignent d'une culture toxique (« bro culture ») incluant harcèlement, discrimination, agressions et blagues inappropriées. Des employés de Blizzard signent une lettre ouverte reniant Townsend et demandant transparence et audits externes. Patrick Beja considère que les problèmes internes chez Blizzard étaient pires que chez Riot Games ou Ubisoft, rendant la chute d'image violente. Il attribue les réactions à l'impact de GamerGate et #MeToo.

Les suites chez Activision Blizzard
Le RDV Jeux du 12 août 2021 aborde le collectif « A Better ABK », créé par des employés de Blizzard pour formuler des demandes concrètes et gérer la communication ; Patrick Beja juge qu'il a très bien communiqué. Deux ou trois procès sont initiés par des actionnaires. Patrick Beja compare Ubisoft et Blizzard : les mesures prises sont jugées insuffisantes et superficielles par les employés, la culture restant inchangée. Il interprète la nomination de co-leads comme une manœuvre de Kotick pour réduire l'indépendance des studios Blizzard.
Le 26 août 2021, la plainte californienne est modifiée pour inclure les travailleurs temporaires comme victimes et accuse l'entreprise d'avoir détruit des documents et engagé une firme hostile aux employés. Patrick Beja note que le trailer et la présentation de Call of Duty Vanguard n'affichent pas le logo d'Activision. Le 16 septembre 2021, ABK Workers Alliance s'unit à un syndicat pour intenter un procès afin de casser les efforts de regroupement. Le 30 septembre 2021, Activision Blizzard signe un accord de 18 millions de dollars pour régler un procès lié au harcèlement.
Le 4 novembre 2021, l'entreprise met en place une politique de zéro tolérance et supprime les clauses d'arbitrage, permettant aux employés de porter plainte devant les tribunaux — une victoire pour A Better ABK. Le 18 novembre 2021, l'émission revient sur les accusations contre Bobby Kotick et une manifestation d'environ 100 employés devant Blizzard. Patrick Beja juge la situation déprimante et prédit un résultat binaire : soit Kotick démissionne, soit l'entreprise perd employés et capacité de recrutement. Le Wall Street Journal révèle que Kotick a caché au conseil des accusations de harcèlement et de viol. Le 25 novembre 2021, près de 2000 employés signent une pétition demandant son départ, et l'ESA condamne le harcèlement sans nommer Activision Blizzard. Patrick Beja estime contre-productif de confondre les accusations contre PlayStation et celles contre Activision, plus graves, et juge que Riot Games gère mieux ses problèmes.
Le 9 décembre 2021 critique la gestion des départs par Activision Blizzard, qualifiée de mesquine. Patrick Beja analyse que la fermeture du studio de Blizzard à Versailles et les licenciements visaient à éliminer l'infrastructure de publishing pour transformer les studios en studios Activision. Le 23 décembre 2021, il indique adopter la méthode de la plupart des médias : mentionner les affaires de harcèlement et de culture toxique chez Activision Blizzard, et le maintien de Kotick, lorsqu'il parle de leurs jeux.
L'après : rachat, règlement et bilans
Le RDV Jeux du 20 janvier 2022 revient sur les accusations contre Bobby Kotick, notamment des menaces de mort contre son assistante et sa responsabilité dans la culture toxique, scandales ayant contribué à la chute de l'action et facilité l'acquisition. Patrick Beja juge hautement probable son départ, y voyant un adieu à une génération de management, et estime avec Cassim Ketfi que les employés n'obtiendront probablement jamais justice.
Le 21 avril 2022, Blizzard fait face à des procédures non résolues sur la toxicité et le harcèlement. Patrick Beja note que la dégradation est corrélée au départ de Patrick Beja et au rachat complet par Kotick, même si les problèmes datent d'avant. Le 23 juin 2022, un rapport extérieur conclut à l'absence de problèmes généralisés, ce que Patrick Beja qualifie d'ironique. Le 28 avril 2022, Activision Blizzard est rachetée par Microsoft. Le 6 octobre 2022, Patrick Beja se dit trahi et coupable, n'ayant pas ressenti cette ambiance lors de son passage en Europe. Le 23 mars 2023, il constate que les problèmes ne sont toujours pas résolus significativement.
Le 19 octobre 2023, Cassim Ketfi et Patrick Beja estiment probable le départ de Kotick après fin 2023. Patrick Beja reconnaît sa carrière et sa vision exceptionnelles, tout en se réjouissant de son départ. Dans le RDV Tech du 26 novembre 2023, il condamne Kotick pour avoir laissé une culture toxique, tout en reconnaissant son génie business, et espère que Microsoft nettoiera la culture. Il indique aussi avoir une relation particulière avec Blizzard et vouloir réhabiliter Kotick, ce qu'Arnaud Lamax lui reproche.
Le RDV Jeux du 21 décembre 2023 revient sur le règlement entre Activision Blizzard et la Californie. Un article du New York Times du 14 décembre 2023 révèle un accord annulant le procès, avec un fonds de 54 millions de dollars pour compenser les différences de paie. La Californie reconnaît qu'il n'y a aucune preuve de harcèlement sexuel systémique ou large et mentionne Kotick pour affirmer l'absence de culpabilité de la direction. Patrick Beja exprime son indignation, qualifie le règlement de systémique et rappelle que c'est cette nature systémique qui a permis le rachat par Microsoft. Le procès avait fait chuter la valeur de l'entreprise et conduit à son rachat par Xbox. Le RDV Tech du 23 octobre 2021 relevait déjà que Kotick avait pris le contrôle direct des studios Blizzard après le scandale. Le 18 janvier 2024 souligne l'opacité d'Ubisoft et d'Activision, l'absence d'audits tiers rendant difficile la vérification des améliorations.
Autres affaires évoquées dans les mêmes épisodes
Dans le RDV Jeux du 21 avril 2022, Patrick Beja évoque Lab Zero Games, créateur de Skullgirls et Indivisible, visé par des accusations de harcèlement par son Lead Designer en août 2020, ainsi que Michael Zaimont (Mike Z), accusé de harcèlement sexuel vocal et d'une ambiance de travail problématique ayant conduit à la démission d'au moins une employée.
Le RDV Jeux du 5 octobre 2023 mentionne que Michel Ancel a pris sa retraite après des enquêtes pour management toxique chez Ubisoft Montpellier, où il travaillait sur Beyond Good and Evil 2 ; le RDV Tech du 22 juillet 2025 relève les réserves de Cassim Ketfi sur son retour, citant des traumatismes de salariés et l'absence de conclusions de l'enquête interne. Le même épisode du 5 octobre 2023 évoque une alerte à la bombe ou prise d'otages signalée puis démentie chez Ubisoft Montréal le 12 novembre 2020.
